Histoire du Crédit Mutuel
Le Crédit Mutuel, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est le fruit d’une longue histoire, qui s’étale sur plusieurs siècles, depuis les tentatives isolées de précurseurs clairvoyants jusqu’aux démarches patientes de bâtisseurs dont les efforts ont permis la constitution progressive d’un groupe dont la dimension est désormais européenne. Cette histoire est riche de parcours exceptionnels et d’épreuves qui méritent d’être évoqués pour rendre hommage à ces pionniers qui ont su surmonter les difficultés en restant fidèles à leurs convictions.
Les précurseurs
Très tôt, la difficulté d’emprunter a été identifiée comme le principal frein au progrès dans le monde agricole. Si les plus aisés d’entre eux parvenaient toujours à trouver des solutions, la masse des agriculteurs courait à la moindre difficulté le risque de tomber entre les mains des usuriers. Faire face à cette situation n’était pas simple. Des précurseurs comme le pasteur Oberlin ont tenté d’apporter localement des réponses à leur mesure.
Mais, pour une approche plus globale, il aurait fallu adopter des mesures législatives offrant des solutions simples. Abordé à maintes reprises par les gouvernements successifs, cette question s’est heurtée à l’impossibilité de trancher entre les partisans d’une approche centralisée et ceux qui souhaitaient favoriser l’initiative locale. La France a pris beaucoup de retard dans ce domaine et seules quelques réalisations partielles avaient vu le jour lorsque débuta le conflit de 1870-1871.
Les premières caisses
Au-delà du tâtonnement des premières tentatives, les fondateurs des caisses de prêts avaient besoin d’un cadre de référence, d’une réglementation sans ambiguïté et d’un contexte propre pour pouvoir les faire naître, se développer et se multiplier. Cet environnement propice apparaît dans une période trouble, où l’Alsace et la Moselle rejoignent contre leur gré l’Empire allemand naissant. Un régime légal favorable, le pragmatisme d’un bâtisseur acharné et la nécessité de lutter contre une forme particulièrement vicieuse d’usure vont permettre la naissance des premières caisses Raiffeisen.
La diffusion des principes, le soutien de l’administration et les convictions de quelques hommes motivés vont vaincre peu à peu les réticences et permettre la naissance des premières caisses en Alsace et en Moselle. Rien ne sera facile dans cette histoire, mais ces pionniers parviendront peu à peu à susciter la plus large adhésion dans le monde rural de l’époque.
La fédération d'Alsace et de Lorraine
En 1895, les deux fédérations alsaciennes, bientôt rejointes par la fédération lorraine, bénéficient du renfort d’une agence de la Caisse centrale de l’organisation Raiffeisen. Elles peuvent désormais compter sur une équipe de professionnels qui va leur permettre d’améliorer les services rendus à leurs membres. Un réseau de coopératives est constitué pour faciliter la commercialisation de leurs productions. Hélas, la concurrence des grossistes traditionnels et un malheureux détournement mettent en difficultés les coopératives et leurs actionnaires. Lorsque se crée une fédération concurrente, la situation devient même préoccupante. Il faut trouver le moyen de prendre un nouveau départ. Grâce à l’obstination d’un homme providentiel et en dépit des épreuves de la Grande Guerre, les caisses alsaciennes et lorraines vont conquérir leur indépendance, retrouver l’unité et, en dépit de nombreux revers, monter en puissance.
L'unification du mouvement
Après le retour à la France, les caisses d’Alsace et de Moselle ne pouvaient pas rester à l’écart du mouvement qui s’était créé progressivement, non sans difficultés, dans le reste du pays. Inspirées également par l’œuvre de Frédéric Guillaume Raiffeisen, mais transposée sur des bases juridiques différentes, les caisses Durand, regroupées au sein de l’Union des caisses rurales et ouvrières, étaient, elles aussi, à la recherche de l’unité. Peu à peu se construira un ensemble d’abord hétérogène de caisses de prêts coopératives à la vocation sociale qui va donner naissance, après l’épreuve d’un nouveau conflit mondial, à ce qui deviendra quelques années plus tard la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Il faudra encore beaucoup d’efforts pour les deux mots juxtaposés, Crédit Mutuel, deviennent la marque uniforme d’un réseau national de fédérations régionales.
La dimension nationale
Après 1958, le Crédit Mutuel prend véritablement son envol dans l’Est de la France où son réseau se densifie de plus en plus et s’étend vers la Lorraine francophone. Alors que le gouvernement fait de la Caisse nationale de Crédit Agricole son bras armé pour le financement de l’agriculture, la fédération de Strasbourg doit prendre des décisions courageuses. Elle renonce à son marché originel pour s’ouvrir à tous les publics et s’investit pleinement dans un domaine prometteur, les prêts au logement. Du logement à l’assurance, il n’y a qu’un pas qu’elle franchit allégrement en 1972, inventant au passage le concept de « bancassurance », une innovation dans laquelle ses concurrents finiront par s’engouffrer à leur tour. Dans un marché de plus en plus concurrentiel, elle développe le « Livret bleu », source de bien des batailles. Dès cette époque, elle peaufine son outil technologique pour offrir en permanence le meilleur service à ses sociétaires.
L'ouverture européenne
C’est un groupe en ordre de bataille qui aborde la nouvelle Union européenne née du traité de Maastricht. Grâce à son savoir-faire, à ses fonds propres et à ses filiales spécialisées, il peut envisager une nouvelle étape dans son développement. Le 23 avril 1992, la fusion des fédérations de Strasbourg et de Dijon donne naissance au Crédit Mutuel Centre Est Europe. Très vite, la Caisse fédérale devient interfédérale, commune à d’autres fédérations dans le cadre de partenariats fructueux qui consolident sa stature nationale. En 1998, le rachat du CIC élargit cette assise. Par la suite, d’autres acquisitions, en France et au-delà, en font un groupe de dimension européenne. Réunies depuis 2018 sous la bannière de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, les fédérations membres affichent clairement leur raison d’être, « Ensemble, écouter et agir », et leur statut d’entreprise à mission, pour mettre leur performance collective au service du bien commun.