L’annexion allemande change la donne

En 1871, le destin de l’Alsace et de la Moselle bascule vers l’inconnu. Pour les habitants des territoires annexés par le nouvel Empire allemand, c’est l’annonce de changements majeurs qui vont porter sur tous les domaines de la vie courante. La nouvelle administration va néanmoins s’efforcer de moderniser l’agriculture et créer les conditions favorables qui permettront ultérieurement aux caisses Raiffeisen de trouver un terrain propice à leur apparition et à leur développement.

L’Alsace et la Lorraine pleurant la France perdue. Illustration anonyme de l’imagerie Frédéric-Charles Wentzel. © CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet.
L’Alsace et la Lorraine pleurant la France perdue. Illustration anonyme de l’imagerie Frédéric-Charles Wentzel. © CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet.

Le basculement

Au lendemain de la guerre de 1870-1871, la paix est obtenue au prix de lourds sacrifices. Le traité préliminaire du 26 février 1871 scelle le destin de l’Alsace et de la Moselle, qui sont rattachées au nouvel Empire allemand. Le baroud d’honneur des députés des trois départements concernés n’y change rien, le basculement est inévitable.

Pour les Alsaciens et les Mosellans, il faut désormais choisir. Rester sur place, c’est prendre la nationalité allemande et, pour les plus jeunes, être astreint à faire son service militaire dans l’armée allemande. Partir, c’est perdre ses racines et, pour beaucoup, abandonner l’exploitation agricole souvent transmise par plusieurs générations d’ancêtres. Le choix est douloureux, et seules 50 000 personnes opteront finalement pour la nationalité française en allant s’établir principalement dans les départements voisins ou même en Algérie.

Vision idéalisée de l’agriculture alsacienne. Carte postale publicitaire en faveur de la Potasse d’Alsace. © Collection B. S.
Vision idéalisée de l’agriculture alsacienne. Carte postale publicitaire en faveur de la Potasse d’Alsace. © Collection B. S.

Moderniser l’agriculture

Dans les territoires annexés, l’agriculture est une activité économique importante et, aussitôt mise en place, la nouvelle administration va s’efforcer de moderniser ses structures. La superficie moyenne d’une exploitation est à peine de 3,4 hectares avec des terrains très morcelés. Plus de 60 % des 152 500 exploitations existantes comptent moins de 2 hectares. Contrairement aux grands propriétaires, leurs propriétaires ont du mal à profiter des nouvelles techniques culturales qui apparaissent à cette période.

C’est la raison pour laquelle l’accent est mis sur l’enseignement avec le recrutement de professeurs d’agriculture itinérants qui vont multiplier les conférences thématiques dans les villages de leur ressort et animer à la morte-saison des écoles spécialisées pour diffuser les nouveautés susceptibles de favoriser l’amélioration de la qualité des productions. Ces professeurs vont aussi se révéler de puissants relais pour la diffusion des informations intéressant le monde rural, comme l’apparition des caisses Raiffeisen.

Le premier journal agricole largement diffusé en Alsace et Moselle. © Archives de l’Est Agricole et Viticole.
Le premier journal agricole largement diffusé en Alsace et Moselle. © Archives de l’Est Agricole et Viticole.

Favoriser les échanges

Avant la guerre de 1870-1871, les associations agricoles étaient peu nombreuses avec, d’un côté, des sociétés savantes qui réunissaient grands propriétaires, hauts fonctionnaires et scientifiques, et de l’autre, des comices agricoles couvrant généralement un arrondissement. Le plus ancien d’entre eux est le Comice agricole de l’arrondissement de Strasbourg, fondé en 1831. L’administration allemande choisit de s’appuyer sur ce réseau pour l’étendre et lui apporter une instance de coordination. Elle crée ainsi la Société centrale d’agriculture de Basse-Alsace, présidée par Louis Pasquay et dont le secrétaire général est Heinrich Vogel, qui jouera un rôle important dans la création des premières caisses Raiffeisen.

C’est encore l’administration qui est à l’origine en 1873 de la Landwirtschaftliche Zeitschrift für Elsass-Lothringen, journal agricole pour l’Alsace-Lorraine qui sera largement diffusé aux membres des associations agricoles et participera dès lors à la diffusion de l’information professionnelle. Cet ancêtre de l’Est Agricole et Viticole, dont le premier rédacteur est Heinrich Vogel, est largement mêlé à l’histoire du Crédit Mutuel.

Les dates clés

  • 1871 Le 26 février 1871, signature du traité préliminaire de paix.
  • 1871 Le 1er mars 1871, ratification du traité par l’Assemblée nationale.
  • 1872 Le 1er octobre 1872, date limite fixée aux “optants” pour quitter définitivement les territoires annexés
  • 1873 Le 15 janvier 1873, parution du premier numéro de la Landwirtschaftliche Zeitschrift für Elsass-Lothringen, ancêtre de l’Est Agricole et Viticole.
  • 1873 Au printemps 1873, création de la Société centrale d’agriculture de Basse-Alsace.
  • 1874 Le 29 octobre 1874, création du Landesausschuss (Délégation d’Alsace-Lorraine).

Les ouvrages à consulter

  • André Gueslin, Le Crédit Mutuel de la caisse rurale à la banque sociale,
    Editions Coprur, 1982

  • Roland Oberlé, L’Alsace au temps du Reichsland 1871-1914,
    1990.

  • Bernard Sadoun, Les origines du Crédit Mutuel,
    Editions Coprur, 2005.