Jean-Frédéric Oberlin, le précurseur

La notion de coopérative d’épargne et de crédit n’est apparue qu’au milieu du XIXe siècle. Ni les outils juridiques, ni les facilités techniques n’existaient auparavant. Cela n’a pas empêché les précurseurs de proposer, avec leurs moyens, des solutions souvent innovantes pour aider les personnes démunies à sortir de leur condition. Le plus célèbre de ces précurseurs est Jean-Frédéric Oberlin qui a créé, dans la haute vallée de la Bruche, une caisse d’emprunt qui a fonctionné pendant plus d’un siècle.

Le pasteur Jean-Frédéric Oberlin, d’après le portrait peint par Johann Gottfried Gerhardt vers 1800.
Le pasteur Jean-Frédéric Oberlin, d’après le portrait peint par Johann Gottfried Gerhardt vers 1800.

Jean-Frédéric Oberlin est né à Strasbourg en 1740. Après de solides études théologiques, il est nommé pasteur de Waldersbach (Bas-Rhin), l’une des deux paroisses de la seigneurie du Ban de la Roche. Sur ce territoire pratiquement inculte, la population locale tente de survivre. Les habitants sont démunis et majoritairement analphabètes. La plupart d’entre eux ne s’expriment que dans un patois local. Si bien que le jeune pasteur, pourtant parfaitement bilingue, français et allemand, a du mal à se faire comprendre de ses paroissiens.

“Oberlin et le rustre”, illustration de Théophile Schuler publiée en juin 1861 par <i>Le Magasin pittoresque</i>. © Collection B. S.
“Oberlin et le rustre”, illustration de Théophile Schuler publiée en juin 1861 par Le Magasin pittoresque. © Collection B. S.

Sur tous les terrains

Logiquement, ses premiers efforts portent sur l’éducation. Grâce à des dons qu’il collecte auprès de Strasbourgeois, il se lance dans la construction d’une école dont il assumera lui-même les frais d’entretien. A force de patience, il met en place l’école obligatoire pour les enfants de 5 à 16 ans. Le pasteur Oberlin est un fin pédagogue ; il bâtit une méthode d’éducation efficace qui permet à la population locale de sortir de son isolement. Ses méthodes sont si innovantes qu’il se fait connaître dans le monde entier et, aujourd’hui encore, beaucoup d’écoles portent son nom.

Mais ce n’est qu’un aspect de son engagement. Se faisant au besoin géomètre ou ingénieur agronome, il lutte contre le ravinement provoqué par les fortes pluies et les eaux de fonte des neiges et, en nivelant les sols, parvient à accroître les surfaces arables et à améliorer la fertilité des pâturages. Ces succès renforcent la détermination du pasteur qui se lance dans la réalisation d’une route reliant les villages de sa paroisse à la vallée de la Bruche. Consacrant chaque jour quelques heures à des travaux de terrassement, il montre l’exemple jusqu’à ce que les habitants prennent le relais.

Grâce à cette route, il parvient à convaincre des industriels alsaciens d’établir des métiers à tisser dans la vallée et, ainsi, à fournir du travail à la population locale.

C’est grâce à une comptabilité minutieuse que le pasteur Oberlin gérait les prêts qu’il accordait. © Musée de Waldersbach, photo B. S.
C’est grâce à une comptabilité minutieuse que le pasteur Oberlin gérait les prêts qu’il accordait. © Musée de Waldersbach, photo B. S.

La caisse de crédit

Oberlin souhaite aussi aider les plus pauvres dans leur vie de tous les jours. Pour eux, il met au point une modeste caisse de crédit. Grâce à des dons récoltés auprès de connaissances, il dispose d’un petit capital qui lui permet d’octroyer des prêts modestes, quelques francs à peine. Sans garantie, sans intérêts, ses prêts sont de très courte durée et permettent aux bénéficiaires de faire face à une étape difficile, de tenir une échéance obligée ou encore d’anticiper une rentrée d’argent. Pour bénéficier de ce soutien, il faut faire preuve de qualités morales, assister régulièrement aux offices mais aussi prendre en compte des règles élémentaires d’hygiène agricole.

Cette caisse innovante survivra au pasteur puisque le dernier prêt sera accordé le 22 juin 1900, bien longtemps après son décès.

Un musée perpétue son œuvre à Waldersbach, il permet de découvrir l’œuvre extraordinaire de Jean-Frédéric Oberlin et de mieux comprendre les multiples facettes du personnage.

Les dates clés

  • 1740 Le 31 août 1740, naissance de Jean-Frédéric Oberlin à Strasbourg.
  • 1767 Le 1er avril 1767, Jean-Frédéric Oberlin est nommé pasteur à Waldersbach.
  • 1768 Le 6 juillet 1768, le pasteur se marie avec Madeleine Salomé Witter (1747-1783).
  • 1782 Création de la caisse d’emprunt
  • 1818 Médaille d’or de la Société centrale de Paris.
  • 1819 Le 1er septembre 1819, Louis XVIII le nomme chevalier de la Légion d’honneur.
  • 1826 Le 1er juin 1826, décès de Jean-Frédéric Oberlin.
  • 1900 Le 22 juin 1900, la caisse d’emprunt accorde son dernier prêt.

Les ouvrages à consulter

  • Daniel Ehrenfried Stoeber, Vie de J. F. Oberlin,
    Strasbourg, 1831.

  • Camille Leenhardt, La vie de J.-F. Oberlin de D.-E. Stoeber refondue sur un plan nouveau, complétée et augmentée de nombreux documents inédits,
    Berger-Levrault, 1911.

  • Louis Spach, Oberlin pasteur du Ban-de-la-Roche,
    Berger-Levrault, 1866.

  • Frédéric Bernard, Vie d’Oberlin,
    Hachette, 1867.

  • Jean-Paul Benoît, J. F. Oberlin pasteur d’hommes,
    Oberlin, 1955.

  • Loïc Chalmel, Oberlin : le pasteur des Lumières,
    2023.